Chaque mois, découvrez la lettre clérocratique de François Amanrich.

Septembre

Au secours Montesquieu, ils sont devenus fous !

 

Cela faisait quelques siècles que l’idée était dans l’air. Ne plus réunir tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme, fut-il l’élu de Dieu, mais au contraire, les séparer et les rendre indépendants les uns des autres. Ceux qui dirigent ne doivent pas être les mêmes que ceux qui font les lois, ni que ceux qui les font appliquer. Le pouvoir exécutif, le législatif et le judiciaire doivent travailler ensemble pour le bien commun, tout en étant totalement indépendants.

Ca, c’était l’idée !

 

Malheureusement, la réalité est toute autre. L’inextinguible soif de pouvoir de certains et le besoin effréné de le garder, a complètement perverti ce principe. Année après année, le système démocratique a tourné le dos à cette séparation des pouvoirs. L’exécutif est devenu tout puissant. C’est lui qui nomme les membres du pouvoir judiciaire : alors comment peuvent-ils être réellement indépendants ? C’est lui qui tient à sa botte le pouvoir législatif, il peut, du fait du prince, imposer sa loi par un artifice de procédure et, en cas de contestation, dissoudre l’assemblée nationale. Là encore, où est l’indépendance ? Et, pour en rajouter, si besoin était, c’est le même clan politique qui est majoritaire dans l’exécutif et dans le législatif.
Cela faisait aussi quelques siècles que l’idée était dans l’air. Créer une constitution pour encadrer le pouvoir politique et pour servir de règle au jeu démocratique. Instaurer le garde-fou par excellence de tout système non autoritaire. Une constitution qui sert de référence en cas de problèmes et permet au peuple de se savoir sagement gouverné par un personnel politique qui la respecte.
Malheureusement, une fois encore la réalité est toute autre. La constitution est écrite par les politiques, pour les politiques. Imaginez ! des joueurs qui écrivent les règles du jeu et les changent en fonction de leur besoins. Le peuple spectateur n’a pas son mot à dire. Au mieux on le consulte. Au mieux ! Car depuis qu’il a appris à dire non au référendum, alors que la caste politique voulait qu’il dise oui, ce mode de consultation n’est plus en odeur de sainteté démocratique. Et puis à quoi bon ! Constitution écrite ou pas, la caste politique la piétine allègrement pour satisfaire ses besoins de pouvoir.
Montesquieu, où es-tu ? reviens vite, ils sont devenus fous ! Mais au fait, où est-il ? Prémonition, paradoxe ou pied de nez du destin ? Lorsque la caste politique, après avoir enterré cette merveilleuse idée de la séparation des pouvoirs, voulu enterrer son auteur au Panthéon pour le remercier de sa contribution – ah ! le sens de l’humour des politiciens – elle ne put mettre la main sur sa dépouille. Cachée dans les catacombes pendant la révolution pour qu’elle échappe à la profanation, on ne la retrouva jamais. Comme quoi, même les fantômes peuvent refuser de servir d’homme de paille à un système corrompu.

 

 

Août 

Et si on supprimait le peuple!

 

C’est le rêve inavoué, le désir souvent inconscient de toute la caste politique en démocratie : supprimer le peuple. Supprimer cet ingrat qui vous remercie de votre dévouement en vous haïssant. Ce volage qui vous monte aux nues pour mieux vous en faire choir. Cette girouette qui change d’avis au gré des vents, des modes et des courants. Ce peuple inculte qu’un ballon, un poste de télévision et quelques sous suffisent à combler. Ce râleur qui a son avis sur tout mais qui ne connaît rien, car il ne prend jamais la peine de s’informer.
Ne plus dépendre du peuple, ne plus avoir de comptes à lui rendre. Pouvoir gouverner entre gens d’un même milieu, d’un même monde. Pouvoir, enfin, faire de la politique sans être obligé de promettre, de mentir, de tricher, de combiner. Rester entre soi.
Ah ! Supprimer le peuple, cette douloureuse épine plantée dans le pied de nez des démocraties.
Mais, que les vrais démocrates se rassurent, ce fantasme est en passe d’aboutir. Le rêve de la caste politicienne est sur le point de se réaliser. La démocratie sans le peuple, celle qui laisse, enfin, le champ libre aux politiciens est pour demain. Il faut dire qu’ils ont tout fait pour dégoûter le peuple de se mêler de ce qui le regarde.
La démocratie (pouvoir du peuple) est devenue démocratie représentative (pouvoir des élus). Ce qui est un gros changement, les puristes appellent cela de l’aristocratie. Puis, elle s’est transformée au gré des circonstances en une espèce de mythe, cru essentiellement par les politiques. Et encore ! uniquement parce que le système actuel va dans le sens de leurs intérêts. Le peuple, lui, sait bien que c’est faux. Il voit bien que, quelque soit l’assemblée, elle représente tout sauf lui. Faut-il rappeler qu’il y a au sénat et à l’assemblée nationale moins de 2% d’ouvriers et d’employés, alors que ces deux catégories sociales représentent la majorité des Français ?
En plus de ne représenter qu’elle-même et ceux qu’elle sert, la caste politicienne n’a même plus la légitimité des urnes. Le peuple s’en détourne, s’en méfie ou s’en fout. Aux dernières élections, seul un Français sur quatre s’est déplacé*. Un sur quatre ! Et, année après année, les taux de participation baissent. Beaucoup ont, enfin, compris que voter ne servait à rien. De plus en plus de personnes savent que les élections n’ont qu’un seul but : permettre à certains de garder leur pouvoir et à d’autres d’essayer de prendre leur place. Quelque soit le parti politique, ce n’est qu’une gigantesque course à la gamelle !
Alors, on peut laisser faire, s’en laver les mains. Laisser la caste politicienne prendre et se partager tous les pouvoirs, mettre le peuple à son service et se servir du peuple. Comme aujourd’hui. Oui, on peut !
Mais on peut aussi ne pas laisser faire, ne pas s’en laver les mains. On peut aussi participer à la mise en place d’un système vraiment démocratique qui donnera au peuple le pouvoir et qui mettra les politiques au service du peuple. Comme demain. Oui, ça aussi on peut !
Difficile sans doute, mais c’est ce qu’essaient les clérocrates.
* Au 1er janvier 2009 la France compte environ 65 millions d’habitants. Dont un peu plus de 51 millions âgés de + de 18 ans, donc ayant le droit de vote. (Chiffes INSEE)
Le ministère de l’intérieur fait état de plus de 44 millions d’inscrits sur les listes électorales. 7 millions de français ne sont donc pas inscrits sur les listes électorales. Soit entre 13 et 14 % de français non votant. Qui se rajoutent à 61 % d’abstention et de votes blancs ou nuls à l’élection européenne de 2009.
Au total, sur 100 français en âge de voter, 13 ne sont pas inscrit, 59 s’abstiennent, 2 votent nul. Ce qui fait un total de 74 qui n’ont pas participé à cette élection. A ce scrutin, seuls 26 ont voté.
Juillet
Le saumon démocratique
Petite devinette – le mois d’août approche, on peut se relâcher un peu – Quel est le système le plus populaire ?
- La démocratie ?
- Bravo !
Ce qui est partagé par un grand nombre est, par définition, populaire, donc démocratique. Exemple, le foot est populaire donc le foot est démocratique. De même l’abstention est populaire. Pratiquée par un très grand nombre, l’abstention est donc très démocratique. Plus il y a de participants, plus c’est démocratique. Le chômage est donc de plus en plus démocratique, quant au sida, il n’en finit pas de se démocratiser.
- Une autre ? Quel est le système qui donne raison à la majorité ?
- Encore la démocratie ?
- Oui, oui !
Selon le dogme démocratique, ce qui est admis par le plus grand nombre est LA vérité. Même si c’est une erreur. Plus nombreux sont ceux qui se trompent, plus l’erreur est vraie.
D’après le catéchisme démocratique, le citoyen naît éclairé, même s’il ne connaît rien en politique, parce que cela ne l’intéresse pas, parce que c’est trop complexe, parce qu’il s’en fiche ou qu’il a d’autres choses à faire. Qu’importe ! le citoyen démocrate a la science (politique) infuse.
En religion cela s’appelle la foi, en démocratie, le sens civique. Le bon sens populaire lui donne un autre nom qu’il vous est facile de deviner.
- Qu’est-ce qui est accessible au plus grand nombre ?
- La démocratie !
- Et oui, encore et toujours la démocratie. Cela devient agaçant !
Quelque chose de non populaire, c’est à dire réservé à une minorité, devient démocratique le jour où il est accessible au plus grand nombre. En fait quand il coûte moins cher. Comme le saumon. Réservé aux tables de Noël ou pour les grandes occasions, la diminution de son prix en a fait un produit populaire. Il s’est démocratisé. L’ennui c’est que sa qualité et son goût aussi se sont démocratisés. Quand on le mange, on ne sait pas où commence le saumon et où finit l’emballage. Ainsi va la démocratie…
- Ah ! une toute dernière.
- Quel est le système qui n’est pas démocratique ?
- La clérocratie ?
- Bravo ! Et pourtant… si vous saviez !
Juin
La démocratie n’est qu’un passage

Il est indéniable que la démocratie fut un réel progrès pour notre civilisation occidentale. Notre monde a réussi à s’affranchir d’une gouvernance rigide où un monarque et ses pairs se transmettaient pouvoirs, droits, charges et privilèges en se basant sur la naissance. Une civilisation où l’arbitraire avait force de loi et où le peuple n’avait d’autres moyens de faire connaître son mécontentement que par la révolte. Un système politique figé, incapable de se remettre en cause et qui, partout en Occident, fut balayé avec plus ou moins de barbarie lors de révolutions ou de guerres. Seuls, quelques rares pays réussirent leur transition démocratique sans trop de violence.

 

La démocratie moderne est née dans la souffrance et dans le sang. Elle fut longue à se mettre en place. Souvent elle vacilla, fut à son tour balayée, pour s’imposer de nouveau. Périodes noires de dictatures sanglantes, derniers soubresauts, dernières vaines tentatives de réinstaurer l’ordre ancien. Les peuples occidentaux payèrent le droit de se gouverner eux-mêmes, au prix le plus fort. Qu’ils se servent de ce droit n’est que justice.

 

Pourtant, la vraie démocratie, celle qui donne la souveraineté au peuple, celle qui lui permet de décider de son avenir, celle qui le considère autrement qu’un gamin turbulent, irresponsable et immature comme aujourd’hui, la véritable démocratie n’existe toujours pas.

 

Il faut être bien naïf pour croire qu’un bulletin de vote donne le pouvoir au peuple. Non ! Un bulletin de vote donne uniquement le droit de choisir son dirigeant. Son monarque. Le droit de préférer un programme politique, vulgaire miroir aux alouettes, à un autre tout aussi racoleur. Le droit de se venger, de punir un dirigeant, drôle de pouvoir ! Drôle de démocratie. Drôle de gâchis !

 

Le bulletin de vote donne tout sauf l’essentiel : le droit qu’a un peuple de choisir son destin. D’être son propre souverain.

 

Et c’est pour cela qu’il faut considérer la démocratie actuelle comme un passage. Un chemin qui a permis de quitter l’arbitraire et l’injustice pour aller vers un mieux. Mais il faut aller jusqu’au bout du chemin et nous n’y sommes pas encore.

 

Rester en démocratie, c’est s’assoir au bord de la route, c’est céder à la facilité en baissant les bras. Mais, pire encore, c’est s’exposer à un retour vers le passé, avec, de nouveau, ses castes, ses privilèges, son arbitraire. La démocratie actuelle n’est qu’une transition, pas une finalité.

 

Avant la clérocratie, il n’y avait pas d’alternative. C’était, soit le système actuel, le fameux et facile ‘La démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres’ de Churchill, soit des dictatures déguisées en démocraties populaires. Il y avait la route, mais pas de but. Les peuples étaient condamnés à marcher sans fin.

 

Avec la clérocratie l’alternative existe. Elle est crédible pour avoir fait ses preuves pendant des siècles, réaliste car elle garde tous les grands acquis positifs de la démocratie et surtout, c’est le seul système politique qui permet enfin au peuple d’exercer véritablement sa souveraineté.