Chaque mois, découvrez la lettre clérocratique de François Amanrich.

Avril

L’an de la grattaison

 

Rien de tel qu’un beau poème pour reposer l’esprit des électeurs que cette année va gâter. Les pros de l’urne vont pouvoir s’en donner à cœur joie. Après les présidentielles, les législatives, puis les sénatoriales ! N’en jetez plus, l’urne est pleine !

Mais pour la remplir, cette année, comme l’écrivait Amélie Gex grande poétesse savoisienne de la fin du 19ème, c’est « L’an de la grattaison » « L’année de la flatterie ».

Depuis deux siècles rien n’a changé. L’élu flatte. L’électeur vote. Et on recommence tous les cinq ans. Ainsi va la démocratie.

Un grand merci à Claude Jacquier qui m’a fait découvrir ce poème, O combien d’actualité.

 

François Amanrich (Porte-parole du Mouvement Clérocrate de France)

 

 

L’ANNEE DE LA FLATTERIE

 

Voilà le temps où sur les routes

Vont piétiner les députés.

Le temps où les vendeurs de goutte

Tiennent leurs tables nettoyées,

Que l’on soit pauvre ou bien fainéant

Nobles, bourgeois, gens bien rentés,

En nous saluant jusqu’à terre,

Tous se diront de notre parenté.

Pour sûr, mon Jean, tu peux compter

Pendant tout l’an d’être flatté !

Il va venir lettre sur lettre,

Toutes signées : « Ton cher ami »

Tous les messieurs vont nous promettre

De venir nous bercer couché.

L’un veut nous faire un presbytère,

L’autre habillera les pompiers.

Mais il manque toujours le notaire

Pour dresser l’acte sur le papier.

Au moins, mon Jean, tu peux compter

Pendant tout l’an d’être flatté !

Pour vanter l’onguent de leur boîte,

Rouges et Blancs vont se démarcher,

L’un prêchera l’eau bénite,

L’autre la viande à bon marché.

Je veux bien que le Bon Dieu me punisse

Si ces consciences de rétameurs

Qui promettent messes ou saucisses,

Donnent pour deux liards de leur bien.

Seulement, mon Jean, tu peux compter

Pendant tout l’an d’être flatté !

 

Amélie Gex (1835-1883)

 

 

L’AN DE LA GRATTAISON

 

Véca le têim yeu chu lo rotte

S’ëinvont piattâ lo député.

Le têim yeu lo vêindiu de gotte

Teniont leù table décrotté.

Qu’on saye couino ou bin lanlerra,

Nôble, borzoâi, zêin biên rêintâ,

Ein no saluyant tant qu’à terra,

Tô se diont de noutra parêintâ.

Pe chur, mon Dian, te pou comptâ

Pêindêint to l’an d’étre grattâ !

I va veni lettre chu lettre,

Totte segnâ : « Ton cher ami »

Tô lo monchu vont no promettre

De veni no briché dromi

Ion vous no fâre on perbytère,

L’âtre habeliera lo pompiers ;

Mais manque tozor le notaire

Pe dreché l’acte chu papier.

Moînte, mon Dian, te pou comptâ

Pêindêint to l’an d’etre grattâ !

Pe blaguâ l’onguent de leù bouâita,

Roze et Blanc vont se demartié.

Ion prediera l’égua benâita,

L’âtre la viande a bon martié.

Voui bêin que le bon Dio me ponisse

Si le conchêince de magnin

Que promettont messe ou saucisse,

Baillont pe dou quart de leù bien.

Lamêin, mon Dian, te pou comptâ

Pêindêint to l’an detre grattâ !

 

Amélie Gex (1835-1883)

 

 

Mars

Interdit de présidentielle!

La Commission Nationale des Comptes de Campagne et des Financements Politiques ( CNCCFP ) nous a informé que notre Mouvement n’était plus autorisé à financer sa campagne électorale. Une première dans la Vème République. On s’en serait bien passé !

 

Explications : Le CNCCFP est un organisme qui a été crée en 1996 pour mettre un peu de moralité dans le financement des campagnes électorales. Il faut dire qu’il y en avait bien besoin. Souvenez-vous ! c’était l’époque où les partis au pouvoir ou en attente, ou ceux qui gravitaient autour, piochaient allègrement dans les poches de la nation, pour leur plus grand bien. L’opinion finit par s’en émouvoir, ce qui est un peu normal car c’est elle qui payait. Il fut donc décidé de créer une Commission. Réflexe typiquement français.

 

Jusque là rien de bien anormal.

 

Depuis cette date, les partis politiques sont tenus de présenter chaque année leurs comptes au CNCCFP. Ces comptes doivent être normalisés, c’est à dire être tenus par des comptables, contrôlés par des experts-comptables et certifiés par deux commissaires aux comptes. Cela au frais des formations politiques.

 

Toujours rien d’anormal.

 

A une nuance près cependant. Pour un tout jeune mouvement politique comme le Mouvement Clérocratique, le coût de ces procédures comptables est supérieur à son budget total annuel ! Alors, depuis notre création nous avons demandé au CNCCFP de prendre en considération ce paramètre et de nous permettre de ne présenter qu’une comptabilité allégée. Depuis quatre ans, le CNCCFP conscient qu’on ne peut pas appliquer les mêmes règles aux grands partis politiques en place et aux toutes jeunes formations, a accepté nos comptes annuels.

 

Encore rien d’anormal.

 

Sauf aujourd’hui ! A la veille de l’élection présidentielle, et malgré nos recours, le CNCCFP nous interdit de financer notre campagne. Le prétexte est tout simple : comme nous n’avons pas fourni à la commission nos comptes certifiés dans les règles, nous n’avons plus le droit de présenter notre candidat. Ce qui était valable hier ne l’est plus aujourd’hui. Rien de personnel bien sûr ! Encore moins de prémédité ! Juste un hasard de calendrier sans doute.

 

Nous qui pensions que ces agissements étaient réservés à certains pays. Perdu ! Interdire à un candidat de se présenter à une élection présidentielle ne s’était encore jamais fait ! Aucun pouvoir, en France, ne l’avait encore osé.

 

Comme dans tout système finissant, les profiteurs de la démocratie se sont érigés en fidèles gardiens d’une maison vide. Mais l’idée clérocratique poursuivra son chemin. Rien n’arrête une idée, surtout ce genre de sottise.

 

Mais, comme nous n’avons ni les moyens, ni la possibilité de nous élever contre cette injustice, il nous reste plus qu’à jeter l’éponge… pour cette fois.

 

Avec l’accord du bureau du M.C.F, François Amanrich, le candidat de la clérocratie à l’élection présidentielle, retire sa candidature.

 

(Le Bureau du M.C.F)

 

 

Février

Vivement qu’on soit nuisible!

 

La campagne électorale s‘apparente, par bien des points, à la campagne rurale. Le maire y tient une place prépondérante, surtout à cette époque où la chasse aux parrainages est le sport de prédilection des candidats à la présidentielle. Un fois tous les cinq ans, l’espace de quelques mois, le gibier est traqué dans le moindre petit village, débusqué à l’orée des bois, pourchassé dans les champs, poursuivi jusque dans les cours de fermes. Après, vient une longue période de repos, sans doute pour permettre à l’animal de se reproduire afin de recréer le cheptel.

 

Tableau champêtre de la démocratie.

 

Tout comme la chasse traditionnelle, la chasse aux parrainages ne se pratique jamais en ville. Pour les petits candidats du moins ! Car la cité est la réserve exclusive des grands partis politiques. Là, ce n’est pas le chasseur qui va aux gibiers, c’est l’animal qui s’offre de lui même en sacrifice. Holocauste bien doux, tant le gibier se donne en abondance. Il faut dire que la chasse urbaine ne connaît ni fusils ni balles. Comme dans la pampa, le cow-boy-grand-candidat connaît son troupeau, sait le diriger et c’est à l’aide d’un lasso doré qu’il capture ses bêtes soumises pour les marquer au fer. Sur la fesse droite ou gauche, c’est selon.

 

Tableau urbain de la démocratie.

 

Mais, contrairement à la campagne rurale, la campagne électorale fait la part belle aux nuisibles. Ce que l’une cherche, à juste titre, à détruire, l’autre les favorise. Le grand parti politique va donner des parrainages au petit candidat qui pourra nuire à son adversaire. Plus le petit candidat sera nuisible au parti adverse, plus facilement il aura ses signatures. Comment pensez-vous que des partis, dont la place est au musée des horreurs politiques, arrivent encore à franchir la barre des 500 signatures ? Et bien uniquement par leur pouvoir de nuisance. Ils vont affaiblir le camp adverse est c’est leur seule utilité. Quant à celui qui hurle que, malgré une forte représentation populaire il n’aura pas ses signatures, qu’il se rassure. Ses pires ennemis lui fourniront des signatures par poignées afin de gêner le parti opposé. C’est un peu comme si des paysans élevaient des sangliers pour les lâcher dans le champ du voisin, ou des rats pour qu’ils dévorent sa récolte. Ce que le bon sens paysan, et le bon sens tout court d’ailleurs, interdit, le bon sens politique le permet. Il faut dire que le paysan labour, sème, moissonne et récolte. Le politique dépense.

 

Tableau incestueux de la démocratie.

 

Alors, vivement qu’on soit nuisible ? Et ben non ! Les 191 promesses de parrainages que nous avons à ce jour nous ont toutes été données par des maires qui pensent que la clérocratie peut être une bonne alternative au système démocratique actuel. 191 maires qui se rendent compte que, jour après jour, les citoyens, dégoûtés, se désintéressent de la vie d’une société où ils ne reconnaissent plus et qui est pourtant la leur. 191 maires qui ne cherchent à nuire à quiconque. Juste 191 honnêtes hommes et femmes.

 

Tableau utopique de la clérocratie ?

 

Janvier

Demandez le programme!

Les duettistes Sarkoyal et Royalsy en tête, tous les candidats vous le promettent. Profitez-en ! C’est à la fois noël qui joue les prolongations et les soldes pendant les soldes. Profitez-en vite, ça s’arrête en mai et ça ne recommence que dans cinq ans. Alors vite, demandez-le ! Mieux, exigez-le ! Le programme électoral fait fureur, c’est le produit tendance de saison. Vous désirez quelque chose, n’importe quoi ? N’hésitez pas, foncez ! Tout est permis. Augmentation des salaires ? Évident ! Diminution des impôts ? Pas de problème ! Suppression de la misère ? Facile ! Et la gastro du petit, la révision des cinquante mille de la Clio, et la réservation du mois d’août à Berck-plage, je peux aussi ? En-fan-tin !

 

Une petite nuance tout de même avant de vous emballer trop vite. Le mot : programme. Ce mot, à lui seul, est tout un programme. De « pro », abréviation de « promener l’électeur » et de « gramme », unité de mesure du poids des promesses électorales.

 

Autre nuance. Souvenez-vous ! Lorsque vous étiez petit, avant les fêtes ou avant votre anniversaire, les cadeaux dont vous rêviez, les listes que vous faisiez. Souvenez-vous, le plaisir d’imaginer, la joie de l’irréel étaient plus importants que les cadeaux en eux mêmes. Vous saviez, à l‘époque, qu‘on ne peut tout avoir et vous vous doutiez un peu que le père noël était une invention des grands pour vous faire tenir sage. La nuance ? C’est que vous n’êtes plus des enfants.

 

Évidemment on peut passer outre et considérer que les mises en garde ne sont pas de saison. Qu’il faut laisser dans un coin les empêcheurs de tourner en rond, laisser grincher les grincheux. Et qu’importe si le rêve ne se réalise pas, l’essentiel n’est-il pas de rêver ? Évidemment, on peut.

 

Mais, n’est-il pas plus constructif de se dire qu’il n’y a qu’un seul programme qui tienne : celui du citoyen. Et c’est lui, le citoyen, qui doit le donner à ses élus et non pas le contraire comme actuellement. Tout le reste, le cirque et son train ne sont qu’écran de fumée pour dissimuler au peuple souverain (sic) qu’il n’est qu’un jouet entre les mains de la caste politique.

 

Cette caste qui devrait méditer cette vieille maxime clérocrate inventée aujourd’hui pour la cause : Mon père était marchand de fumée, un coup de vent l’a ruiné.